Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Travail parlementaire > Education mercredi 6 juillet 2011.

Suppression de postes dans l’Éducation nationale

Madame Odette Herviaux attire l’attention de Monsieur le ministre de l’Éducation nationale sur la dégradation actuelle du système éducatif. Quelques 50 000 postes ont ainsi été supprimés en trois ans. Une tendance qui se poursuit puisque les établissements vont aborder la rentrée de 2011 avec 16 000 enseignants de moins que l’année précédente. Les restrictions de postes sont évaluées à 1 500 au sein de l’enseignement privé sous contrat, qui représente 20% des effectifs de l’Éducation nationale, et à 14 500 dans l’enseignement public.

Les principales craintes des parents et des professionnels concernent la surcharge des classes et le déficit de suivi des élèves en difficulté qui en résulte. La démarche gouvernementale apparaît ainsi en contradiction directe avec la stratégie Europe 2020, qui a fait de la lutte contre le « décrochage » scolaire un objectif prioritaire. Selon les chiffres du Ministère de l’Éducation nationale, 254 000 jeunes de plus de 16 ans auraient été déscolarisés entre mars 2010 et mars 2011, seuls 72 000 d’entre eux ayant bénéficié du suivi d’une commission locale de l’emploi. Dépourvus d’une qualification reconnue, les quelques 180 000 « perdus de vue », selon les termes du Ministre, ont des perspectives d’insertion professionnelle très faible.
Au-delà, c’est la qualité de l’enseignement dans son ensemble qui est remise en cause par la RGPP. En effet, la dégradation des conditions de travail risque de se traduire par une qualité moindre des cours et par des arrêts maladie en augmentation, alors même que les absences sont de plus en plus difficiles à remplacer. Ces évolutions fragilisent les liens entre parents d’élève et cadres éducatifs qui souffrent d’une stigmatisation de leur profession. La bénéficiaire de cette évolution semble l’industrie de cours particuliers, dont le chiffre d’affaires progresserait de 10% par an selon une étude de la Commission européenne publiée le 30 mai dernier. Particulièrement onéreuse et d’une qualité variable, cette marchandisation de l’éducation accentue les inégalités entre les élèves et ne saurait en aucun cas se substituer de façon satisfaisante à la mission de service public dont l’État a la charge.
Enfin, remettant en cause la pérennité même de certains établissements, la suppression de postes fragilise les équilibres territoriaux et contraint les élèves à des journées scolaires excessivement longues, particulièrement en zone rurale. Dénoncée par de très nombreux parents et élus locaux, cette politique accélère le développement de « déserts éducatifs ».

La suppression massive de postes fragilise donc l’Éducation nationale dans sa mission première : dispenser à chacun une formation reconnue et promouvoir l’égalité des chances. La prise en charge de la jeunesse ne saurait s’envisager de façon uniquement comptable. Fondement du pacte républicain, elle constitue au contraire un investissement essentiel au dynamisme économique du pays. Les professionnels mettent en garde contre l’aspect contreproductif de la RGPP : les économies réalisées dans le secteur éducatif risquent d’être largement compensées par les dommages collatéraux dans les domaines sociaux, médicaux et économiques. Alors que le président de la République a déclaré le mardi 21 juin dernier qu’il entendait instaurer un moratoire sur la fermeture des classes de primaire, à quelques mois des élections présidentielles, Madame Herviaux souhaiterait connaître les intentions du gouvernement dans ce domaine, ainsi que les mesures qu’il entend prendre pour remédier aux inquiétudes légitimes des enseignants, des élèves et de leurs parents.