Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > A travers les média mardi 19 mars 2013.

Réforme de la PAC : la légitimité citoyenne


Voir en ligne : Le Rappel


Le 13 mars 2013 restera gravé dans l’histoire de l’agriculture européenne : pour la première fois, le Parlement européen s’est prononcé sur la réforme de la PAC dans le cadre de la procédure de codécision. Après des prises de position fortes sur les perspectives financières 2014-2020, les eurodéputés ont à nouveau fait vivre cette démocratie continentale, en cette année européenne des citoyens, sur un enjeu majeur, l’agriculture et l’alimentation, qui représente encore le principal poste de dépense de l’Union.

L’Europe doit en effet faire face à plusieurs défis : satisfaire les besoins de ses populations, répondre à une demande mondiale qui pourrait croître de 70 % d’ici à 2050, garantir aux citoyens européens des productions de qualité, dont la sécurité et la traçabilité seront clairement établies, soutenir l’emploi agricole et rémunérer justement les producteurs, enfin réconcilier définitivement souveraineté alimentaire, protection de l’environnement et juste échange à l’échelle internationale.

Ces priorités ont guidé l’engagement des députés européens socialistes qui ont clairement démontré que l’Union européenne avait tout à perdre d’une course aux prix les plus bas qui conduirait à imposer un modèle agricole unique, celui de la grande exploitation, des productions uniformisées et des territoires indifférenciés.

Nous pouvons donc nous réjouir de plusieurs avancées entérinées par le Parlement européen, en particulier le verdissement d’une partie des aides - diversification des cultures, jachère... - afin d’organiser la montée en puissance de l’agro-écologie dont la France entend être la pionnière en Europe. Dans cette perspective, la PAC constitue certes un outil structurant mais devra également être accompagnée d’une politique volontariste en matière d’aménagement du territoire. Les services environnementaux fournis par les zones rurales grâce aux comportements éco-responsables des producteurs, dont profitent les zones urbaines sans contrepartie identifiée, méritent ainsi une reconnaissance effective et durable.

Saluons aussi la surprime aux premiers hectares et la transparence dans l’établissement de la liste des bénéficiaires des aides européennes. De façon plus générale, les droits à paiement unique établis sur les références historiques se révèlent obsolètes et réclament désormais une répartition plus juste en direction des secteurs, des exploitations et des régions qui en ont le plus besoin. Face à la très forte volatilité des marchés, et tout en mobilisant plus rapidement les instruments d’intervention afin de prévenir les crises, nous devons absolument réhabiliter, tant au niveau de l’Union qu’à celui de l’OMC, les principes de régulation et de réciprocité qui permettront de lutter contre la spéculation et d’amortir les fluctuations de revenus des agriculteurs. Il appartient désormais au Conseil de se montrer à la hauteur des enjeux et de dépasser les égoïsmes nationaux et catégoriels pour défendre une agriculture citoyenne, riche de sa diversité et facteur de développement économique et territorial. Dans ce combat, la France sera en première ligne.