Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Travail parlementaire > Environnement mardi 5 avril 2005.

Projet de loi sur l’eau et les milieux aquatiques


Voir en ligne : compte-rendu intégral des débats


L’amendement n° 523, présenté par Mmes Herviaux et Y. Boyer, MM. Le Pensec, Marc, Raoult, Trémel, Saunier, Desessard et les membres du groupe Socialiste, apparentés et rattachés, est ainsi libellé :

Avant l’article 1er, ajouter un article additionnel ainsi rédigé :

A titre expérimental et pendant une durée de cinq ans, les régions dont le territoire correspond à une unité hydrographique et qui en font la demande, assurent l’organisation de la protection et de la gestion de la ressource en eau en conformité avec la directive cadre n° 2000/60/CE du 23 octobre 2000 sur l’eau et le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, couvrant leur ressort territorial. L’expérimentation est assurée dans le respect des compétences des communes, de leurs groupements et des départements en matière de service public de l’eau. A cet effet, les régions candidates à l’expérimentation définissent, coordonnent et mettent en oeuvre une politique de gestion équilibrée des ressources en eau.

La parole est à Mme Odette Herviaux.

Mme Odette Herviaux. Cet amendement s’inscrit dans la droite ligne de la loi organique du 1er août 2003 relative à l’expérimentation par les collectivités locales et fait suite à la directive-cadre européenne sur l’eau du 23 octobre 2000.

Cette dernière ainsi que le code de l’environnement affirment trois principes fondamentaux : la cohérence hydrographique, la subsidiarité et la participation. Ces trois principes doivent constituer le socle d’une véritable politique de l’eau, efficace et impliquant tous les partenaires au plus près du terrain, sauf à être incomprise des citoyens.

Le texte que vous nous proposez, monsieur le ministre, présente à cet égard quelques insuffisances.

L’organisation en très grands bassins hydrographiques peut, dans certains points du territoire, éloigner considérablement des lieux de décision les acteurs, qu’il s’agisse des élus, des socioprofessionnels ou des usagers. Ainsi, le bassin Loire-Bretagne s’étend de la pointe de la Bretagne au sud du Massif central.

Sans que cela corresponde systématiquement à une nécessité sur l’ensemble du territoire, un échelon intermédiaire entre SAGE et SDAGE répondrait à ce besoin d’efficacité et d’identification, notamment lorsque des spécificités

hydrogéologiques, des conflits d’occupation de l’espace ou des problématiques de pollution homogènes sont présents, comme c’est le cas en Bretagne.

Quant à la subsidiarité, elle n’est que très partielle puisque les comités de bassin de ces grands ensembles hydrographiques ne sont pas directement responsables devant le citoyen des actions proposées ou des moyens mis en oeuvre, et cela même si les commissions locales de l’eau peuvent être considérées comme des structures de participation efficaces. On est loin du véritable principe de subsidiarité qui donnerait à une autorité élue la responsabilité de la mise en oeuvre de la politique de l’eau à l’échelle considérée.

La région, compte tenu de ses compétences générales en matière d’aménagement du territoire et éventuellement de développement économique, ne pourrait-elle pas constituer un niveau de responsabilité pertinent ?

La Bretagne et l’Alsace, avec leur géographie spécifique, avec une géomorphologie et une hydrographie manifestement homogènes, ont déjà été candidates à une telle expérimentation en février 2004. C’est en partenariat avec les services de votre ministère et avec l’assentiment du Premier ministre qu’a été rédigée à cette époque une proposition de loi allant dans ce sens.

Le 6 juillet 2004, les présidents de ces deux régions, MM. Le Drian et Zeller, dans un courrier commun, vous demandaient d’intégrer cette proposition de loi dans le futur projet de loi sur l’eau.

Les arguments que vous leur avez opposés dans votre réponse, en février 2005, nous ont amenés à déposer cet amendement, qui permettrait enfin de donner aux régions souhaitant s’engager dans une telle voie les moyens de mettre en oeuvre une politique de l’eau volontariste et efficace, associant au plus près du terrain l’ensemble des acteurs.

M. le président. Quel est l’avis de la commission ?

M. Bruno Sido, rapporteur. Ma chère collègue, ainsi que vous allez pouvoir le constater au fil de la discussion, dans ce texte il n’est pas question des régions, et cela tout simplement parce que les régions ont bien d’autres compétences très importantes. Elles ont d’autant moins à se soucier de l’eau que nos bassins hydrographiques recouvrent non seulement plusieurs départements mais aussi souvent plusieurs régions.

Mme Odette Herviaux. Pas toujours !

M. Bruno Sido, rapporteur. Peut-être pas chez vous, mais en France en général, si.

Dès lors, on voit mal ce que feraient les régions dans le dispositif qui nous est proposé par le Gouvernement, d’autant qu’il existe toute une série d’organismes parfaitement compétents qui interviennent dans le domaine de l’eau.

J’ajoute que le principe de l’expérimentation ne concerne pas seulement les régions : les départements, voire les communes, peuvent aussi expérimenter.

La commission a donc émis un avis défavorable.

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Serge Lepeltier, ministre. Madame la sénatrice, cet amendement soulève une vraie question, qui mérite effectivement d’être débattue. Vous avez d’ailleurs évoqué une lettre par laquelle j’avais répondu au président de la région Alsace et au président de la région Bretagne.

L’objet de votre amendement est de prévoir la possibilité d’expérimenter, en quelque sorte, la gestion de l’eau par les régions.

Cependant, la France a fait en 1964 un choix dont nous ne pouvons que nous louer, celui d’une gestion de l’eau par bassin versant. Ce choix a été repris par la directive-cadre sur l’eau, et je constate que ce choix se généralise progressivement à l’ensemble de l’Europe.

Si l’on peut effectivement concevoir, pour certaines régions, une cohérence entre le territoire régional et la logique de bassin - on songe naturellement à l’Alsace -, cette cohérence est difficile à trouver pour les grands fleuves couvrant le territoire de plusieurs régions. Vous avez évoqué le cas de la Bretagne : cette région est couverte par le bassin Loire-Bretagne, mais la Loire intéresse également beaucoup d’autres régions.

Par ailleurs, aux termes de la loi organique du 1er août 2003, les expérimentations qui peuvent être menées doivent être susceptibles d’être étendues, si elles ont réussi, à tout le territoire. Cela signifie qu’une nouvelle compétence régionale en matière de gestion de l’eau ne pourrait faire l’objet d’une expérimentation que s’il était envisageable, le cas échéant, de l’étendre à l’ensemble des régions françaises. Or c’est là que se situe le problème : les bassins hydrographiques dépassent largement les territoires des régions.

Ce que vous proposez pourrait sans doute s’appliquer en Alsace. En Bretagne, ce serait déjà beaucoup plus difficile, à moins de faire sortir, en quelque sorte, la Loire de la Bretagne, ce qui poserait peut-être un problème à la Loire-Atlantique...

En tout état de cause, très peu de régions sont susceptibles de se prêter au dispositif que vous avez imaginé. C’est pourquoi il ne me paraît pas possible d’envisager une telle expérimentation.

J’ajoute qu’il s’agit aussi de compétences qui concernent directement l’Etat. Il semble difficile que l’Etat se dessaisisse complètement d’une compétence et d’un contrôle sur la gestion et la protection de l’eau alors qu’il reste, face aux institutions européennes, seul responsable de la bonne application des directives.

Enfin, on peut se demander s’il serait bien pertinent d’ajouter un autre acteur dans la gestion de l’eau, en l’occurrence la région, alors même que, comme le disait le rapporteur, celle-ci exerce déjà des compétences aussi nombreuses qu’importantes. Gardons-nous du risque de créer une confusion entre les différents acteurs de la gestion de l’eau. Mieux vaut aller dans le sens de la clarification, comme nous le proposons avec ce projet de loi.

Telles sont les raisons pour lesquelles j’émets un avis défavorable sur cet amendement, après avoir, croyez-le bien, madame la sénatrice, soigneusement analysé votre proposition.

M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 523.

(L’amendement n’est pas adopté.)