Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Edito mercredi 24 juin 2009.

Pour de nouvelles régulations politiques

Le 15 juin dernier, devant plus de deux cents personnes, chercheurs, responsables politiques et associatifs, cadres des secteurs privé et public, s’est tenu au Palais du Luxembourg le colloque international Un monde en sursis : dérives financières, régulations politiques et exigences éthiques que j’ai parrainé avec enthousiasme et conviction.
L’ampleur et la profondeur de la crise qui affecte les populations, les territoires, les économies et les sociétés à travers toute la planète appellent des analyses transversales, sans concession et sans a priori. Telle était la mission des économistes, sociologues, anthropologues et politistes, anciens chefs d‘État et de Gouvernement, issus de six pays différents, qui ont participé à cette journée de réflexion.

La crise financière internationale se présente tout d’abord comme une grande crise de la finance américaine, mais il s’agit aussi d’une crise de la finance globale, liée aux conséquences de la mondialisation. Ce nouveau capitalisme a multiplié les dérives et a donné naissance à une nouvelle architecture à risques de la finance. Une part considérable des actifs toxiques, issus de produits financiers de plus en plus complexes, a par ailleurs transité par les paradis financiers qui n’ont certes pas précipité la crise, mais qu’ils contribuent à exacerber.
L’histoire nous enseigne ainsi que le capitalisme est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seules mains des capitalistes. A l’avenir, une croissance économique solide ne pourra se maintenir sans des marchés financiers plus stables et efficaces. Ceci suppose le développement d’un système de régulation qui finance plus intelligemment aussi bien le secteur privé que le secteur public. Bibliographie

Cette crise majeure menace la sécurité humaine et pose la question de l’anticipation face à des menaces économiques, sociales et écologiques. La crise n’épargne tout d’abord pas les pays en développement. Le montant de l’Aide Publique au Développement dont ils bénéficieront durant les prochaines années apparaît par conséquent crucial. Tout dépendra des rapports de force que les ONG du Nord et leurs partenaires du Sud parviendront à créer face aux gouvernements. A cet égard, la crise renforcerait alors le sentiment de solidarité entre sociétés civiles plutôt qu’elle ne le distendrait.
Sur le plan des migrations, les effets de la crise sont complexes. Le déclin des migrations clandestines aux fins d’emploi s’accompagnera de la diminution des transferts de fonds, avec des difficultés pour les groupes qui en dépendent dans les pays d’origine. L’augmentation des tensions sociales, liées à la rareté de l’emploi dans les pays d’accueil entre migrants et nationaux, s’accompagne par ailleurs de la mise en œuvre de politiques protectionnistes et de l’intensification des politiques de reconduction à la frontière.

Face à l’échec des institutions de Bretton Woods un grand nombre d’experts préconisent aujourd’hui la construction d’une gouvernance mondiale de la finance. Mais diverses options s’affrontent que ne saurait masquer le consensus promptement affiché par le G20. Dans ce cadre, les États-Unis peuvent avoir intérêt à restreindre l’exercice de leur pouvoir. L’émergence du multilatéralisme peut alors également correspondre à la nécessité de rendre la domination sur les autres psychologiquement supportable, en prenant en compte leurs besoins fondamentaux et des principes perçus comme universels. Il apparaît ainsi possible de renforcer les nécessaires régulations politiques par la prise en compte d’exigences éthiques qui ne seraient plus simplement opportunistes, notamment dans le cadre des institutions multilatérales.
Par ailleurs, le système d’accords commerciaux a été pris en otage pendant trop longtemps par la seule option de politique économique de la libéralisation. Désormais, il apparaît clair que le lancement en 2001 du Cycle de Doha obéissait à cette conception erronée. A ce titre, il eut mieux valu privilégier la « politique des 3C » (consolider, compléter et coordonner) afin de prévenir les spirales d’un protectionnisme discriminatoire.

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Stéphane Hessel et Michel Rocard

A la faveur des bouleversements récents, les populations ont fait l’expérience d’un système libéral qui ne leur a finalement offert aucune garantie d’équité, ni de solidarité.
A l’heure de l’existence d’une présumée communauté internationale, les membres du Collegium International, Michel Rocard, Stéphane Hessel, Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération helvétique, René Passet et Peter Sloterdijk, ont examiné la redéfinition de valeurs communes et les impératifs de développement durable sans lesquels toute référence à l’existence de biens communs ne serait que pure rhétorique et placerait le monde en sursis.