Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Actions du Gouvernement > Ministère de l’agriculture, de l’Agroalimentaire et de la forêt mardi 29 septembre 2015.

Nouvelles contractualisations dans la filière porcine

Depuis le début de la crise que traverse l’élevage, le Ministre a toujours à la fois cherché à apporter des réponses aux problèmes conjoncturels mais aussi rappelé avec constante la nécessité de mettre en place des réformes structurelles.

Dans la filière porcine en particulier, l’une des clefs pour sortir des difficultés, réside dans la nécessité de faire évoluer le modèle d’organisation de l’ensemble de la filière.

Il nous faut inventer notre modèle français dans la filière porcine, et cela passe par l’exploration de nouvelles formes d’organisation collective et de relations commerciales.

La compétitivité ne peut se réduire à la seule question de la compétitivité-coût, traitée par ce Gouvernement à travers la baisse des charges en particulier, et au passage, par la mise en place d’une réduction du recours au travailleurs détachés dans l’agroalimentaire allemand, suite à l’instauration du SMIC.

La compétitivité recouvre d’autres dimensions, et en particulier celui de la capacité de la filière à s’organiser, à trouver son modèle.

Le modèle de structuration de la filière porcine française ne peut être calqué sur celui de nos voisins, que ce soit le choix de l’Espagne par d’intégration par l’aval, ou celui du Danemark ou de l’Allemagne qui passe elle, par l’intégration par l’amont. Le modèle français devra réussir à combiner :

- Le maintien de nombreuses exploitations, avec des chefs d’exploitation

- Des industriels qui investissent et se structurent

- La valorisation de la totalité de la carcasse de porc

- La valorisation de l’origine avec le logo « le porc français »

Pour relever ce défi, la mise en place de stratégies contractuelles est indispensable avec plusieurs préalables :

- L’arrêt de la course au low cost : la seule logique par la baisse du prix ne pourra permettre de valoriser toute la carcasse et d’organiser l’ensemble de la filière

- Le ciblage de niches et de marchés spécifiques

- Le maintien d’un marché export plus ‘standard’

- L’engagement de tous les acteurs et de tous les maillons, y compris les groupements de producteurs qui doivent eux aussi jouer un rôle pro-actif dans la démarche que la filière doit engager avec l’appui du Gouvernement

Petite précision utile, le Gouvernement ou le Ministre ne pourront pas ‘contractualiser’ mais le Gouvernement est et sera toujours présent pour donner l’impulsion, aider à l’accompagnement des possibilités de contractualisation et proposer les outils pour le faire, maintenir les contacts entre tous les maillons.

C’est pourquoi le gouvernement engage ce jour un appel à manifestation d’intérêt pour la mise en place de contrats, accompagné d’un questionnaire à destination des opérateurs afin de :

- Recenser les attentes des opérateurs

- Identifier les freins, les leviers et les préalables nécessaires

- Identifier les expériences réussies et les projets en cours de développement

Le Gouvernement effectuera une synthèse des remontées des opérateurs sous 1 mois et demi, et c’est sur cette base, ainsi que sur la base du document joint, qu’il réunira de nouveau l’ensemble de la filière pour rééchanger et lancer le processus de réorganisation de la filière.

Pourquoi contractualiser ?

La contractualisation, qui peut prendre différentes formes, permet de sécuriser le producteur en limiter son exposition à la volatilité, et à travers des contrats qui intègrent les quantités et les prix à contractualiser. Elle permet également de s’engager sur des voies qualitatives et devra permettre d’assurer l’approvisionnement en porc français des salaisonniers qui peinent à trouver les pièces de découpe dont ils ont besoin sur le marché national.

Le Gouvernement s’engage à travailler à créer l’environnement propice à la création de caisses de sécurisation bénéficiant de conditions fiscales favorables. Ces caisses permettront de lier les opérateurs sous contrats en partageant les risques liés aux fluctuations des cours du marché. C’est un outil mis à disposition pour permettre de mutualiser le risque inhérent à la contractualisation, à savoir, de prix plus bas que le marché pour le producteur quand les prix du marché sont à la hausse, et vice versa pour les industriels. Elles permettront de fluidifier les contrats en sécurisant les producteurs, et tout à la fois en intégrant les contraintes des industriels.

Il n’est pas nécessaire de modifier la loi pour mettre en place de telles formes de contractualisation, même si ces dernières sont tripartites et lient le producteur – le transformateur – et la distribution.

L’objectif, une fois le processus enclenché concrètement dans la filière porcine, est de lancer des réflexions similaires et adaptées au secteur de la viande bovine.

A propos de l’entreprise Bigard qui a déclaré la semaine dernière qu’elle paierait désormais ses producteurs 1,32 € le kg de porc :

Bigard (et Cooperl) sont sortis du marché au cadran de Plérin en justifiant leur sortie par un écart trop grand entre le prix du marché breton et le prix du porc en Allemagne.

Or, en 3 semaines, le prix allemand a gagné 12 centimes et l’écart qui existait entre le porc français et le porc allemand s’est rétracté, car dans le même temps le marché de Plérin est passé de 1,40 à 1,37. Leur argument de base n’est donc plus justifié.

Le groupe Bigard explique désormais qu’il ne revient pas sur le marché de Plérin et baisse ses prix au producteur car il rencontre des difficultés économiques. Le Ministre considérera cet argument comme ‘fallacieux’ tant que le groupe Bigard n’aura pas fait la transparence sur les difficultés qu’il rencontre. En effet, le groupe Bigard préfère payer les amendes pour non publication des résultats, que d’être transparent sur les comptes de résultats de l’entreprise. Il n’est donc pas possible au Ministre de juger de la véracité des affirmations du groupe sur ses difficultés financières, que le Ministre est prêt à examiner par ailleurs, s’il en avait la connaissance.

A propos du Marché de Plérin :

Le Ministre a réaffirmé qu’il ne remet pas en cause la nécessité de l’existence d’un marché du porc, qui donne une indication sur le prix. Cependant, il rappelle que, contrairement à ce qui avait été promis cet été, aucune proposition d’évolution du rôle du marché n’a été transmise. Mais avec les nouvelles formes de contractualisation en développement, ce marché devra pourtant évoluer, il continuera à donner des indications de prix nominal mais devra s’adapter au nouveau contexte, sans quoi il n’aura plus aucun sens et n’aura plus lieu d’être. Le Ministre attend donc toujours les propositions d’évolutions du marché au cadran pour pouvoir en discuter et préparer l’avenir du marché avec les acteurs, en parallèle du travail engagé sur la contractualisation.