Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > A travers les média vendredi 20 mai 2011.

Nicolas Sarkozy tente de reconquérir les élus locaux

20 mai 2011


Voir en ligne : Public Sénat


Ces derniers mois, la cote de popularité du président de la République était au plus bas chez les électeurs mais aussi les élus. Débat sur la laïcité, élections cantonales, réforme des collectivités territoriales… La population a été secouée et à travers elle, les représentants. Une disgrâce prise en compte par le chef de l’Etat qui multiplie les déplacements en province pour mieux expliquer ses réformes et montrer son implication.

« On sort d’une réforme territoriale dure, reconnaît Philippe Dallier, sénateur UMP de Seine Saint-Denis. Il est bon que le président aille à la rencontre des élus, on a besoin d’explications ». Effectivement, lors des discussions sur la réforme, plusieurs élus se sont sentis déconsidérés, choqués par certains propos. « On entendait que les élus coûtaient chers, se souvient Odette Herviaux, sénatrice socialiste du Morbihan. Ca montre une méconnaissance totale du terrain. »

Nicolas Sarkozy se devait de fournir un important travail de soutien et de communication. « Dans un contexte de doutes, d’impopularité et d’émiettement de la majorité, il a besoin de montrer son implication auprès des cadres intermédiaires de la politique », explique Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint de l’institut d’opinions CSA. Le président rencontre donc des élus, des électeurs, explique, aborde des thématiques précises comme l’emploi ou la dépendance. Au risque d’en faire un peu trop ? Joseph Kergueris, sénateur centriste du Morbihan raconte qu’en deux mois, le président s’est rendu deux fois en Bretagne, une fois à l’occasion des cérémonies du 8 mai, une autre pour discuter industrie dans le Morbihan. Des rencontres que les élus de la majorité apprécient, qui s’apparentent à de la « brosse à reluire » pour l’opposition.

Un soutien bénéfique pour les sénatoriales ? Ou pour 2012 ?
Les élections sénatoriales approchant, le président n’a pas intérêt à se couper des élus locaux. « Les critiques des électeurs que nous entendons depuis quelques temps, en tant que sénateurs, nous allons encore plus les entendre dans les semaines à venir », déplore le sénateur Kergueris. En fréquentant les élus sur leur terrain, Nicolas Sarkozy les réhabilite aux yeux du corps électoral. Alors qu’ils ont été pointés du doigt pendant les discussions sur la réforme des collectivités territoriales, « la présence du président évite qu’on les considère comme les mauvais exemples de la République, poursuit Jérôme Sainte-Marie. Ca montre qu’il respecte les élus. »

Mais plus que mettre en place une opération rattrapage pour les sénatoriales, certains se demandent si Nicolas Sarkozy ne chercherait pas déjà à se positionner en vue de la présidentielle. Une tentative jugée comme « légitime » par le sénateur Kergueris pour un président qui s’apprête à être candidat. Mais surtout, un moyen de se différencier de ses adversaires. « Avant l’affaire DSK, le président cherchait à incarner la France en étant présent sur le territoire national, pour créer un contraste avec la personnalité internationale de Dominique Strauss-Kahn, analyse Jérôme Sainte-Marie. Maintenant, il y a une vraie concurrence avec François Hollande qui endosse très bien ce costume national. Et la faiblesse de Nicolas Sarkozy, c’est son enracinement local. Il est donc nécessaire pour lui de se montrer proche des français, sur le terrain. » Une stratégie qui semble pour l’instant payante pour le spécialiste des sondages car le chef de l’Etat est dans une démarche peu clivante. « Il s’adresse à tout le monde, tient des propos peu politisés. Et cela plaît aux élus locaux, qui eux-mêmes souvent sont plus dans une logique d’administration que de politique. Ils s’en trouvent alors légitimés. » Et en consolidant la légitimité des élus, Nicolas Sarkozy renforce la sienne.