Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

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Les sénateurs socialistes lancent le débat sur la ruralité au Sénat

Séance plénière du jeudi 13 janvier 2011

Extraits de l’intervention de Didier Guillaume

Le monde rural est aujourd’hui totalement abandonné par l’État, ses citoyens se sentent délaissés, relégués à des électeurs de seconde zone. Ils regardent jour après jour leurs services publics fermer, la République les quitter un peu plus chaque jour.

L’accessibilité des services publics de base se réduit mois après mois, mouvement d’asphyxie économique et sociale aggravé par la mise en œuvre brutale et autoritaire d’une RGPP recentralisatrice, préoccupée par la rentabilité à court terme.

Il y a urgence à agir. Notre pays tout entier est concerné par la ruralité, une ruralité en pleine métamorphose. Tout au contraire du repli sur soi, il offre de formidables potentiels de développement. Il représente pourtant un formidable gisement de développement économique, social et culturel.
Les femmes et les hommes qui y vivent, se battent inlassablement sur le terrain pour un quotidien meilleur. Quand on est artisan boulanger à Chomérac en Ardèche, ostréiculteur à Auray dans le Morbihan, producteur de foie gras à Pomarès dans les Landes, propriétaire d’un gîte à Ribérac en Dordogne, infirmière à Valréas dans le Vaucluse, assistante maternelle à Guéret dans la Creuse, directeur d’un site de production du leader mondial du luxe LVMH à Marsaz dans la Drôme,…

La ruralité se définit d’abord par son économie agricole. Aujourd’hui, les agriculteurs souffrent. Aucune filière n’a été épargnée. Même si, selon l’Insee et le Ministère de l’agriculture, le revenu annuel moyen agricole s’établirait en 2010 à 24 400 euros, contre 14 600 euros en 2009, soit une progression de 66 %. Mais cette hausse est en trompe l’œil. Elle fait suite à une baisse cumulée de + de 50 % en 2008 et 2009. Le revenu 2010 demeure inférieur de 11 % à celui de 2007. Oui, l’agriculture française est viable, et apte à nourrir les français grâce à une alimentation de qualité. Mais pour que notre agriculture ait un avenir, il faut mieux protéger le foncier agricole face à l’artificialisation. Renouveler les générations en installant des jeunes agriculteurs. Mettre en place des circuits courts permettant aux agriculteurs de mieux vivre de leurs productions, et aux consommateurs d’acheter des produits de qualité à des prix abordables.

L’agriculture n’est pas le seul moteur économique de la ruralité. Car l’économie rurale tire sa richesse de sa diversité. Ce sont aussi les milliers de commerçants, d’artisans, d’entrepreneurs qui exercent dans nos territoires. Il ne faut pas les négliger, surtout en termes d’emplois, car ces entreprises-là sont non-délocalisables. Cette diversité économique est en tout cas vitale pour notre pays. Sans elle, pas de maillage économique de la France.
La ruralité est aussi synonyme de culture. Il y a des symboles, qui rayonnent à l’échelle nationale. Les Vieilles Charrues à Carhaix. Jazz in Marciac. Les fêtes nocturnes de Grignan. Le Festival International du film fantastique de Gérardmer… Sur tous nos territoires, le monde associatif porté par des passionnés est d’une incroyable vitalité : culture, sport, clubs du 3ème âge… C’est un véritable bouillonnement culturel et social qui permet de construire le lien social, le vivre ensemble.

Voilà ce qui attire les citoyens dans nos campagnes, monsieur le Ministre. C’est un mélange d’authenticité, de qualité de vie. Mais aussi et surtout le dynamisme, l’inventivité, l’innovation perpétuelle, les potentialités de se réaliser, de créer de la richesse économique, sociale et culturelle.
Se priver de ce potentiel de développement, c’est couper la France en deux. Fermer un hôpital, une école, ne pas construire les routes du numérique dans les territoires ruraux, c’est poser une hypothèque sur notre avenir commun.
Pour ne pas poser d’hypothèque sur notre avenir, il est nécessaire de concrétiser le principe d’équité territoriale. Un aménagement du territoire harmonisé, c’est la recherche permanente d’un équilibre territorial entre le rural et l’urbain. Je dirais même que l’un ne peut se développer sans l’autre. Dans cette quête permanente d’équilibre, l’Etat a un rôle central à jouer en matière d’aménagement du territoire. Mais je crains que la création du Conseiller Territorial et la diminution du nombre élus locaux représentant les territoires soient un très mauvais signal.

Le « bouclier rural », que les socialistes veulent instaurer, témoigne de ces difficultés croissantes. Il s’agit de mettre en place une politique volontariste qui place le principe d’équité territoriale au sommet de nos valeurs. Le « bouclier rural », c’est tout simplement la défense et la promotion des services publics et des critères d’accès aux services publics. Le Gouvernement devrait s’engager sur cette voie.

A l’instar des « Contrats Urbains de Cohésion Sociale », ne pourrait-on pas explorer la création de « Contrat Ruraux de Cohésion Territoriale ». Il s’agirait tout simplement de définir des aires géographiques sur lesquelles la nation s’engage à être présente via ses services publics et une réelle politique d’aménagement du territoire… En tenant compte des distances à parcourir. Par exemple, il serait nécessaire de déterminer la carte de tous les services sur la base de temps d’accès garanti.

Parce qu’elle incarne aujourd’hui une nouvelle forme de modernité sociale et territoriale, j’ai confiance en la ruralité. J’ai confiance en son formidable potentiel de développement économique et social pour notre pays tout entier. J’ai la conviction que la ruralité est une chance pour la cohésion et l’avenir de notre Nation toute entière.