Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > A travers les média mardi 10 décembre 2013.

Les 4 vérités sur la pêche en eaux profondes

5 décembre 2013


Voir en ligne : Le Marin hebdomadaire de l’économie maritime


Un ancien directeur de la Scapêche dit « ses quatre vérités sur la pêche profonde »

L’actualité sur les grands fonds a de quoi me faire sortir de ma retraite. Je connais cette activité, j’ai été directeur général de la
Scapêche de 2002 à 2007 et j’ai notamment collaboré avec ONG, scientifiques et pêcheurs européens pour la mise en place
d’une pêche responsable et durable en Europe
.

L’impact de la BD de Pénélope Bagieu dû à son talent créatif et humoristique, qui reprend intégralement le point de vue de
l’association Bloom, ne signifie pas que les arguments si bien mis en scène soient justes. C’est beau, c’est drôle (enfin pas pour
tout le monde) mais ce n’est pas objectif.

Un article de Libération en date du 4 décembre, signé par Mme Eliane Patriarca, illustre très bien cela. Titré La pêche profonde
prend l’eau, il reprend les images et l’argumentaire de la BD et y associe un sous-titre (ravageur) je cite : Minuscule économiquement
et Désastreux sur le plan écologique. On observe le manque de travail de recherche contradictoire, de recul indispensable à
l’analyse, pour écrire un article sans parti-pris.

4 grands points sont à la base de ma réflexion

L’état de la ressource - l’impact sur l’environnement - l’activité économique et la communication.

- La ressource : c’est, quand même le plus important car sans poisson le débat est clos.

Les dernières mises au point de l’Ifremer ne prennent pas partie pour ou contre les pêcheurs ou les associations environnementales,
contrairement aux propos tenus par Mme Nouvian qui titre sur son site internet le 27 novembre dernier : L’Ifremer retire sa
caution scientifique aux lobbies de la pêche profonde
Les progrès constatés par les scientifiques de l’Ifremer qui suivent depuis des dizaines d’années ces espèces, permettent de
maintenir une capture soutenable. N’oublions pas que dans les années 1990/2000, l’Ifremer, donc les mêmes chercheurs,
proposaient des réductions de 40 % des taux de capture. Pourquoi seraient-ils objectifs pendant cette période et devenus
suspects ensuite ?
Les efforts des pêcheries ont été réels dans bien des domaines. Prendre des éléments de comparaison depuis l’autre bout des
océans pour les reproduire in extenso en Ecosse est caricatural et pas scientifiquement acceptable.

Il me semble que ces faits ne sont pas pris en compte, ni mis à leur juste place dans l’argumentaire partisan des opposants à ce
métier.

- L’impact sur l’environnement : et la nécessaire prise en compte de la biodiversité.

Les scientifiques (toujours) ne nient pas cet impact mais le replacent dans son contexte. La Scapêche n’exploite pas toutes les
espèces de grands fonds (4 espèces sur plus de 87 recensées). Les superficies et le mode de capture au chalut associés aux
pratiques courantes (5 à 6 % des zones de pêche au total) permettent de limiter cet impact.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le terme « désastre » n’est pas du tout mis en évidence par les experts scientifiques. Alors,
reste pour Mme Nouvian le dénigrement de certains scientifiques, permettant de réduire « leur impact » sur l’objectivité...
Est-il permis d’ajouter que toute activité humaine comporte un impact sur l’environnement ? Doit-on arrêter toutes les activités
impactant les écosystèmes ? Au risque, sinon, de passer comme un destructeur de la planète ? Même Mme Nouvian a sans
doute écrasé un jour sur sa route, une grenouille, un escargot, voire un hérisson ou deux... si piquants…

- L’activité économique : Le groupement des Mousquetaires est bien connu pour son implication dans le milieu industriel
français.

A une époque où la proximité semble bien être une des solutions économique et environnementale (surtout dans
l’agroalimentaire, en particulier sur les produits frais), la politique commerciale d’Intermarché ne me semble pas être une
abomination. La Scapêche est peut-être « minuscule économiquement » mais elle est la première dans son secteur.

Mme Patriarca fait sans doute une très grande différence entre les subventions apportées à un grand journal installé à Paris
(« c’est bien compréhensible ») et les aides ponctuelles à la rénovation des bateaux de pêche (« c’est insupportable »).

La Scapêche a donné des réponses sur son activité. Elle a été la première à se lancer dans une démarche sur une pêche
responsable
associant tiers-expert extérieur (Bureau Veritas). La construction des bateaux neufs en 2005 a permis et permet
toujours une réelle adaptation aux conditions nouvelles d’exploitation tant sur les plan techniques, humains, environnementaux
et de rentabilité.

Bien que n’étant plus du tout concerné par le dossier des grands fonds, je sais que les progrès ne s’arrêteront pas là. La légèreté
avec laquelle sont présentés les effets de l’arrêt de cette pêcherie est d’un mépris insoutenable pour les victimes potentielles.

- Une communication proche de la propagande.

Fort heureusement un bon nombre de médias, malheureusement pas assez audibles font la part des choses et essaient d’y voir
plus clair en admettant au mieux un dossier compliqué.

Il est, en apparence, difficile pour la presse de dire qu’un grand distributeur composé d’indépendants (donc non coté en bourse)
peut être un industriel sérieux avec une stratégie de production réfléchie. Une « petite entreprise » comme la Scapêche n’a pas
pour cœur de métier de communiquer mais bien de pêcher dans les meilleures conditions d’exploitation.

J’attends de la presse de m’informer, pas de reprendre mot pour mot les communiqués catastrophistes de l’association Bloom.
Ne cédons pas aux sirènes manipulatrices, ne confondons pas les faits, la force marketing, la force des médias, les formules
chocs, le message et le messager…

Vieux débat : séparer le bon grain de l’ivraie ...L’actualité de ces derniers jours nous démontre que c’est ce qu’on attend des élites,
des décideurs.

Jim Grassart