Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > A travers les média lundi 3 octobre 2011.

Le Sénat à gauche, un tribut payé à la crise


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Le quotidien espagnol El Pais nuance l’ampleur de la défaite subie par la droite française aux sénatoriales. Avant de voter contre Nicolas Sarkozy, les électeurs ont voté contre la crise économique et ses répercussions.


© Dessin de Chappatte, Suisse.

Il ne faut y voir aucun virage, ni à gauche en l’occurrence, ni ailleurs ou bientôt à droite. C’est simplement un droit de péage payé à la crise qui dévaste l’Europe. La nette victoire de la gauche et du Parti socialiste français aux élections sénatoriales [du 25 septembre] sonne comme une sanction contre le pouvoir en place, plus précisément la droite de Nicolas Sarkozy. Cette défaite s’inscrit dans le droit-fil d’autres scrutins qui ont eu lieu récemment en Europe, au Danemark par exemple [le 15 septembre, la coalition de centre gauche, emmenée par Helle Thorning-Schmidt, a remporté les élections parlementaires], ou en Allemagne, où les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel ont enregistré toute une série de revers dans les Länder.

Cela ne diminue en rien la légitimité de la joie des socialistes, qui pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, fondée par De Gaulle en 1958, obtiennent la majorité à la Chambre haute, et ce à quelques jours des primaires qu’organise le PS pour désigner son candidat à la présidentielle de 2012. Cependant, certains détails incitent à la plus grande prudence dans l’analyse de ces résultats. Tout d’abord, le renouvellement du Sénat est la résultante d’élections municipales [en 2008] où la majorité avait déjà été sanctionnée une première fois pour un taux de chômage catastrophique, une croissance économique exsangue (moins de 1 % cette année) et l’atonie générale de la France – situation au demeurant bien meilleure que celle de l’Espagne, où des élections législatives auront lieu le 20 novembre. De plus, il s’agit d’élections au suffrage indirect, où s’expriment 71 000 grands électeurs (députés, conseillers régionaux et généraux, maires et conseillers municipaux) qui n’offrent pas nécessairement un reflet fidèle du suffrage populaire. Enfin, la droite se présentait divisée, comme souvent, entre l’UMP de Sarkozy et d’autres formations du centre et de droite : le tableau qui s’est dessiné [le 25 septembre] ne sera sans doute pas celui du second tour d’une présidentielle mettant en compétition le chef de l’Etat sortant, dans une France scindée en deux factions, gauche contre droite, qui ne s’unissent que lorsque le tonnerre gronde.

Partout en Europe, les électeurs votent contre une crise qui ne connaît pas de frontières, et une reprise économique, fort improbable dans les huit mois à venir, serait un facteur décisif. C’est d’ailleurs, malheureusement, le meilleur atout du PS.