Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > A travers les média vendredi 15 septembre 2017.

« La France doit devenir le pays de la croissance bleue »

Tribune dans la Revue du Trombinoscope

Le département du Morbihan, qui compte le 1er port breton et 1er port français en valeur, Lorient Keroman, de nombreuses entreprises de référence internationale dans les secteurs de la construction navale, du nautisme et de la conchyliculture, des littoraux et des îles qui génèrent une importante activité touristique, est un concentré des multiples richesses que recèlent les espaces maritimes de notre pays. Le projet de parc éolien flottant au large de Groix tout comme les PME qui innovent en matière de biotechnologies (exemple de la spiruline) témoignent également des perspectives dynamiques qu’ils offrent.

Pour autant, nous devons encore trop souvent faire le constat des retards accumulés pendant des années, des lenteurs administratives, d’une gouvernance fragmentée et d’une acculturation maritime particulièrement lente de l’État central. La mer fut une nouvelle fois peu présente dans les débats des dernières élections présidentielles et législatives, alors même que les enjeux d’aujourd’hui et demain (lutte contre le changement climatique, transition énergétique, raréfaction des ressources naturelles…), rappelés notamment dans l’Accord de Paris, exigent d’investir pleinement les formidables relais de croissance éco-responsable de l’économie bleue.
Forte du deuxième espace maritime mondial, la France devrait aujourd’hui s’afficher en pointe en matière d’énergies marines renouvelables. Après plusieurs années d’attentisme, la loi de transition énergétique a fixé des objectifs ambitieux, un calendrier réaliste et réduit les délais administratifs grâce à la programmation pluriannuelle de l’énergie et à plusieurs mesures de simplification administrative. La France accusait en effet le retard le plus important en Europe par rapport aux objectifs fixés par le paquet climat-énergie. Il est cependant regrettable que, parmi les différentes énergies renouvelables, les EMR soient les plus à la traîne (éolien en mer, éolien flottant, hydroliennes…). L’État doit absolument honorer ses commandes, donner de la visibilité aux investisseurs privés et accélérer les procédures d’instruction, notamment pour favoriser au plus vite l’autonomie énergétique des îles et ce d’autant plus que les collectivités locales et surtout régionales ont été très allantes.

Plus que jamais, la mondialisation est maritime et sa nécessaire régulation face à l’intensification de la concurrence internationale impose à la France et à l’Union européenne de reconnaître et de s’approprier durablement les potentiels encore largement inexploités des horizons océaniques. À l’échelle de l’UE, l’économie bleue représente ainsi 5 millions et demi d’emplois et une valeur ajoutée brute de 500 milliards d’euros par an ; 75% du commerce extérieur de l’UE et 37% des échanges en son sein se font par la mer. Promouvoir la destination maritime et le pavillon France, renforcer leur attractivité, moderniser les flottes (pêche notamment), les infrastructures (portuaires en premier lieu) et leurs interconnexions constituent autant d’enjeux prioritaires qui appellent des moyens conséquents. J’appelle donc à défendre fermement nos savoir-faire, comme dans le dossier STX, et à flécher une part significative du futur fonds de soutien à l’innovation en faveur de l’économie bleue. En ce qui concerne les conditions de travail des gens de mer, le précédent quinquennat a permis des progrès significatifs, comme le renforcement des contrôles portant sur le respect des normes du pays d’accueil. La politique de formation, en particulier grâce à l’excellence de nos lycées maritimes, doit aussi être confortée pour encourager les talents et la création d’emplois.

Nous avons besoin d’une véritable politique maritime intégrée avec pourquoi pas un Ministère de plein exercice et, à terme, un code de la mer. Au-delà de l’économie bleue, c’est bien la croissance bleue que nous devons viser afin de transformer les avantages comparatifs de notre géographie en leviers solides d’emplois et de richesses durables.