Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Edito mardi 2 juin 2009.

LES ENJEUX DU 7 JUIN

Les élections européennes ont lieu dimanche prochain. L’avenir de notre continent, et en partie celui du monde, pour les cinq prochaines années, sera très largement déterminé par les résultats de ce scrutin. Et pourtant, la mobilisation citoyenne et politique s’inscrit en retrait, et bien souvent en décalage, par rapport à la responsabilité historique des peuples européens.
Depuis l’élection des députés européens au suffrage universel direct, la légitimité du Parlement européen n’a cessé de s’affaiblir. A chaque scrutin européen, le taux d’abstention augmente dangereusement au point que la participation dans certains pays est inférieure à 50%. Ce désengagement citoyen traduit la profondeur des doutes quant à l’utilité du projet européen et des institutions qui le font vivre.
Des Européens désabusés dans une mondialisation débridée, tels sont cependant les ingrédients explosifs d’une faillite collective annoncée.

Il convient donc tout d’abord de dénoncer avec vigueur les accusations mécaniques dont l’Europe fait l’objet. Attaquée de tout bord, méprisée, inconnue, elle concentre les frustrations et les incompréhensions. Mais le destin de l’Union européenne est entre les mains des citoyens. Ils ont démocratiquement choisi des majorités nationales de droite qui ont transformé le Conseil en chambre des égoïsmes nationaux. Ils ont également élu une majorité conservatrice au Parlement européen qui a entamé un vaste mouvement de libéralisation et de dérégulation économiques et sociales. Ils ont donc exprimé une orientation politique claire, dont ils mesurent tous les jours les effets néfastes.
Sur de très nombreux dossiers (lait, OGM, relance économique, services publics), les gouvernements nationaux, et particulièrement celui de la France, tiennent par ailleurs un double langage qui affaiblit durablement la crédibilité des institutions européennes. Il n’est pas admissible de rejeter la faute sur « Bruxelles » quand nos ministres sacrifient les politiques de coordination et d’harmonisation sur l’autel du libre-échange et que les députés européens UMP s’opposent avec force à toutes les initiatives en faveur d’une Europe socialement protectrice. Le temps des élections, plus que tout autre, doit être celui de la vérité. Et la résignation, qui conduirait à abandonner notre avenir entre les mains des forces libérales, serait le pire des remèdes.

Il est encore temps de réagir. Pour cela, il faudra aller massivement voter le 7 juin prochain en faveur des listes sociales-démocrates européennes. Unies autour du seul programme politique transnational jamais élaboré, le Manifesto, elles sont les seules capables de redonner une autre direction à l’Europe, plus solidaire, plus humaine, plus efficace et protectrice dans la mondialisation avec des priorités claires : relancer l’économie et éviter le retour des crises financières, faire progresser la justice dans une Europe véritablement sociale, être en tête de la lutte contre le changement climatique. Cette révolution est rendue pleinement possible grâce au renforcement des compétences du Parlement européen, unique institution européenne entretenant un lien direct avec les citoyens européens : après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, il sera ainsi co-législateur quasi-intégral avec le Conseil et disposera des mêmes pouvoirs en matière budgétaire.
Symboles de la vitalité démocratique de la dynamique européenne, ces progrès constituent autant d’armes au service de tous les citoyens européens pour renverser la logique libérale imprimée actuellement au projet européen. En votant massivement le 7 juin prochain pour un Parlement ancré à gauche, ils ont une opportunité historique de redonner à l’Europe des ambitions à la hauteur de leurs attentes et de leurs espoirs. Première étape avant de confirmer lors des élections nationales pour arrimer enfin les intérêts nationaux avec l’intérêt général européen.