Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Edito jeudi 5 juin 2003.

Et si on reparlait de pédagogie !

Depuis plusieurs semaines le mécontentement des enseignants- comme celui de beaucoup d’autres catégories sociales- s’exprime à juste titre contre la décentralisation “à la Raffarin” et contre sa réforme concernant les retraites.

Au delà de l’artifice de la communication ministérielle, c’est bien d’une véritable entreprise de démolition de l’Etat et des services publics et donc de l’Education Nationale qu’il s’agit.

Quoi d’étonnant à ce qu’un gouvernement foncièrement libéral mette tout en œuvre pour favoriser le grand patronat et les grandes sociétés ( qui ont rendu bien des services pendant les dernières campagnes). Pour ces cadeaux aux plus aisés il faut bien sur faire payer plus et garantir moins à tous les autres.

Rien de bien surprenant donc dans ces décisions, rien de neuf depuis 1936 où dans ‘la semaine humoristique du Populaire’ de Paris, Robert Fuzier dans ses dessins faisait dire aux anti Front Populaire sur la semaine des 40H : “quelles mœurs ! en quittant l’usine il restera aux ouvriers assez de temps et de force pour faire du sports et se distraire !” et sur les poursuites contre les mercantis : “En un mot des brimades contre tous les dévoués qui firent jusqu’à ce jour la force et la prospérité de la Nation” ! et surtout sur la prolongation de la scolarité : “c’est bien assez qu’ils sachent lire sans qu’on aille leur apprendre à savoir lire entre les lignes”.

On dirait du Ferry, Luc bien sur ! et c’est bien cela le plus grave. La remise au goût du jour d’un système éducatif sélectif et élitiste basé uniquement sur la transmission des savoirs à ceux qui en vaillent la peine : les bon éléments, ceux qui peuvent suivre, comprendre, retenir et apprendre seuls ! quant aux autres, les agités, les trainards, ceux que l’on n’a pas su intéresser, ceux qui n’ont pas la chance d’être suivis et aidés dans leur familles ou tout simplement ceux qui n’entrent pas dans la norme : et bien, dehors à 14 ans !

Fini le collège unique, fini l’élève au centre du système éducatif ; la Nation a besoin de ses élites bien formées, les autres en sauront toujours bien assez pour apprendre un métier à 14 ans.

Il serait bon que parmi les revendications des camarades enseignants on entende aussi plus souvent réclamer une véritable éducation pour tous : une éducation où le jeune resterait l’élément essentiel de la relation enseignant- savoir- élève, où les plus en difficultés seraient réellement pris en compte par des enseignants mieux formés, capables de diversifier les apprentissages, d’individualiser la formation.

C’est pour continuer dans cette voie qu’il faut des moyens.

C’est aussi pour une école plus démocratique, plus moderne, plus solidaire qu’il faut se battre.

Aucun enfant, aucun jeune ne mérite d’être tenu à l’écart de l’enseignement, de l’appropriation des savoirs, de la culture, du “savoir lire entre les lignes”.
Un enseignant se doit d’être avant tout un véritable pédagogue et non un simple transmetteur de savoirs, qui à terme pourrait bien être remplacé par les sacro-saints T.I.C.

La société ultra libérale que nous propose Raffarin et son équipe aura besoin d’élites entreprenantes et de travailleurs, pas de citoyens.
C’est d’abord et avant tout contre cela que nous devons nous mobiliser : enseignants, parents, militants et citoyens.

Les finalités de l’enseignement et de l’Education Nationale méritent un vrai débat.