Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > A travers les média mercredi 29 avril 2015.

Elue, on m’a proposé les maisons fleuries

Ouest France du 29 avril 2015


Voir en ligne : Ouest-France


Seule femme parlementaire du Morbihan, élue dans un sénat aux trois-quarts masculins, après un parcours d’élue locale et régionale, Odette Herviaux se bat pour la parité en politique.

Entretien avec Odette Herviaux, Sénatrice socialiste du Morbihan.

70 ans après le premier vote des femmes en France, vous êtes actuellement la seule élue parlementaire du Morbihan. C’est long le combat pour la parité ?

Très long... La France ne faisait pas partie des premiers pays à accorder le droit de vote aux femmes et c’est toujours très long depuis sa mise en place. On le voit encore avec les dernières élections départementales en France où il a fallu rappeler à beaucoup de messieurs que les femmes élues n’étaient pas des suppléantes, mais avaient leur place entière et qu’elles allaient les assumer.

J’espère qu’elles ne seront pas cantonnées à quelques thématiques comme les affaires sociales ou la représentation...

Élue conseillère municipale, puis maire, conseillère régionale et sénatrice, ça n’a jamais été votre cas ?

Non, mais quand j’ai été élue conseillère municipale à la Croix-Helléan, le maire de l’époque, pensant me faire plaisir, m’avait proposé de m’occuper du centre communal d’actions sociales et des maisons fleuries... Il avait été surpris que je lui réponde que je préférais l’économie et les finances.

Qui vous a transmis ce goût de l’engagement ?

J’ai eu la chance d’être élevée comme un garçon. Pour mon père, l’objectif d’une femme n’était pas de se marier et d’avoir des enfants, mais de faire des études pour avoir un emploi.

Ma mère me disait que le vote était personnel et qu’il ne fallait dire à personne pour qui on votait. Il faut se rappeler qu’à l’époque, les arguments contre le droit de vote aux femmes étaient qu’elles allaient voter comme leurs maris ou leurs curés...

Vous trouvez normal qu’il faille encore imposer la parité par la loi ?

Le combat pour la parité passe obligatoirement par des lois sinon ça n’avance pas. Et même avec des lois, c’est compliqué. L’instauration des pénalités financières pour les partis qui présentaient moins de 30 % de femmes aux législatives a montré que certains préféraient payer ou présenter des femmes dans des circonscriptions ingagnables...

Et regardez les dernières départementales, avec pourtant la parité totale. Il y a combien de femmes présidentes ?

Vous avez connu des difficultés pour vous faire accepter en tant qu’élue ?

Non, car j’étais dans un parti qui a toujours eu une volonté très forte de vouloir faire monter des femmes. En 2001, j’étais la seule femme tête de liste aux sénatoriales en France, et en 2004, j’étais en deuxième position aux régionales, ce qui m’a permis d’être élue vice-présidente à l’agriculture et l’agroalimentaire, ce qui n’était pas forcément évident.

Mais mon parcours n’est pas représentatif de la majorité des femmes en politique qui ont dû se battre très fort pour avoir leur place.

C’est dommage d’en arriver là, car en politique, c’est souvent la fonction qui fait l’homme ou la femme. Si on ne donne pas de responsabilités aux femmes, elles ne pourront jamais faire leurs preuves. Il faut savoir faire confiance.

Olivier CLÉRO.