Odette Herviaux
Sénatrice du Morbihan

Vice-Présidente
de la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable

Vice-présidente
du Groupe d’étude Mer et Littoral

Accueil > Travail parlementaire > Collectivités locales mercredi 18 juin 2003.

Débat sur la politique ferroviaire

Question orale

« En complément de l’intervention de mes collègues du groupe socialiste, je voudrais, monsieur le ministre, vous faire part de notre attachement à la réalisation de la ligne TGV Ouest, notamment.

Le projet de prolongement de cette ligne à grande vitesse au-delà du Mans jusqu’à Rennes puis Brest et Quimper constitue un enjeu majeur pour la région Bretagne et fait l’unanimité des élus bretons, toutes tendances confondues.

En avril 2001, Jean-Claude Gayssot, alors ministre des transports, confirmait la volonté du Gouvernement de donner la priorité au désenclavement de l’Ouest, en particulier de la Bretagne, en autorisant l’engagement des études d’avant-projet sommaire pour la réalisation de la ligne TGV Bretagne-Pays de la Loire. Il retenait alors les grandes options suivantes : choix du fuseau B4, soit le tracé le plus au sud, variante Centre-Nord pour l’entrée de Rennes, et réalisation d’une première phase Connerré-Sablé-Laval Est.

L’étape décisive pour la réalisation concrète de l’objectif tendant à placer Brest et Quimper à trois heures de Paris en 2010 était alors franchie.

Or, sans vouloir préjuger les conclusions de l’audit qui devraient être rendues le 31 décembre prochain, les élus socialistes de Bretagne, dont je me fais le porte-parole aujourd’hui, s’inquiètent de voir le projet du TGV Ouest, déjà très bien engagé, concurrencé, voire remis en cause, par d’autres projets tels que le TGV Est européen et surtout la ligne à grande vitesse Perpignan-Figueras, en Espagne.

Il s’avère que le budget du ministère de l’équipement, des transports, du logement et du tourisme, dans le projet de loi de finances pour 2003, concerne essentiellement ces deux projets, certes très importants. Il semble donc que nous soyons totalement oubliés.

Pourtant, il convient absolument de tenir compte, tout d’abord, de la nécessité d’optimiser l’aménagement de notre territoire, car la position « périphérique » de la Bretagne risque de s’accentuer au fur et à mesure du déplacement des frontières de l’Europe vers l’Est, et, ensuite, du taux de rentabilité du TGV Bretagne qui place notre région en tête des seize projets du schéma directeur national des liaisons à grande vitesse.

En effet, depuis sa création, il y a une dizaine d’années, plus de 54 millions de voyageurs ont été transportés par le TGV Bretagne. Ce chiffre va au-delà de ce qui était prévu initialement.

De plus, avec environ 51 % de parts de marché, cette ligne supplante actuellement la liaison aérienne.

Le transport express régional en Bretagne représente également 16 000 voyageurs, 250 trains par jour, 140 gares et points d’arrêt, ainsi qu’un trafic en progression de plus de 10 % ces dernières années. A Brest, par exemple, le trafic TGV concerne près de 500 000 voyageurs par an.

La région Bretagne doit pouvoir continuer son désenclavement.

Je répète que le transport ferroviaire constitue l’un des piliers d’une politique de développement durable et s’inscrit dans la notion de région périphérique qui risque de devenir rapidement ultrapériphérique si Brest et Quimper ne sont pas à trois heures de Paris.

Dans ce contexte, le projet de TGV Bretagne-Pays de la Loire s’inscrit aussi dans une libération des voies qui permettra, seule, un développement du fret auquel, monsieur le ministre, je crois savoir que vous avez toujours été attaché et pour lequel vous aviez déposé une proposition de loi il y a quelque temps.

Il s’agit ici non pas d’un discours incantatoire, mais bien d’une volonté réelle de tous les élus d’une région qui sont prêts à se mobiliser autour d’un projet vital.

Alors que se précisent les perspectives d’une Europe élargie, notre région a un besoin urgent d’une ligne ferroviaire à grande vitesse. Pour son économie, pour les citoyens, il s’agit d’une réelle colonne vertébrale, un axe fort de développement.
J’ajoute que M. le Premier ministre, lorsqu’il était encore président de l’Association des régions de France, avait conscience de l’importance des crédits ferroviaires puisque, sous sa pression et celle d’autres élus locaux, le Premier ministre de l’époque avait multiplié par dix les crédits du rail dans les contrats de plan Etat-région par rapport à ceux de 1993-1999.

Revenir sur les engagements de l’Etat ne manquerait pas de décevoir - le mot est faible -, et l’annulation de certains projets risquerait même de remettre en cause la planification à l’échelon national de l’offre des transports.

Je tiens à préciser également que, quel que soit le résultat de l’audit que vous avez demandé, et quand bien même le chantier du TGV Ouest ne serait pas remis en cause, ce sont pratiquement dix-huit mois qui auront été perdus, ce qui représente un temps précieux par rapport à l’échéance de 2010.

Monsieur le ministre, les élus bretons réaffirment leur détermination commune et demandent instamment au Gouvernement de confirmer sa volonté de réaliser, dans les meilleurs délais, la ligne à grande vitesse Le Mans-Rennes. C’est l’avenir d’une région et donc celui de milliers de nos concitoyens qui en dépend.

Sur ce dossier, vous avez pu constater la convergence des points de vue, au-delà des clivages politiques. Cela a toujours été la force de notre région que de savoir se mobiliser et parler d’une même voix lorsque son avenir était en jeu.

Jusqu’à présent, la Bretagne a toujours été entendue lorsqu’elle était unie. J’espère, monsieur le ministre, qu’il en sera encore ainsi car, comme le disait tout à l’heure M. de Rohan, si l’on dit les Bretons « têtus », ils savent aussi être solidaires et déterminés. »